Les écrivains en parlent



Paul Auster dans Brooklyn Follies, 2005

 

La plupart des vies disparaissent. Quelqu'un meurt et toutes traces de sa vie s'effacent. Un inventeur survit dans ses inventions, un architecte dans ses immeubles mais la majorité des gens ne laissent derrière eux ni monument, ni réalisation durable : une série d'albums photo, un bulletin scolaire  de primaire, un trophée gagné au bowling, un cendrier piqué dans une chambre d'hôtel en Floride le dernier jour de vacances quasiment oubliées, quelques objets, quelques documents, quelques impressions vagues conservées par des tiers. Ceux-ci ont invariablement des histoires à raconter à propos du défunt, mais le plus souvent en mêlant les dates, en oubliant des événements, et la vérité en sort de plus en plus déformée et quand ces gens-là meurent à leur tour, presque toutes leurs histoires s'en vont avec eux.

 Mon idée était la suivante […] : sauvegarder les histoires, les événements et les documents avant qu'ils ne s'évanouissent et leur donner la forme d'un récit continu, le récit d'une vie.

 Étais-je fou de rêver que je pourrais faire quelque chose de ce projet incongru ? […] une fois les pages imprimées et l'histoire reliées sous une couverture, ils auraient un objet à chérir pour le restant de leurs jours. Non seulement cela, mais aussi un objet qui leur survivrait, qui nous survivrait à tous.

 Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir des livres.

 

 

Anne Wiazemski, La mémoire est une très bonne romancière, article publié dans le n° 3235 de Télérama en 2012

 

« Il y a quinze ans, j'ai compris que j'avais des choses à transmettre. Une voix à faire entendre pour les personnes dont j'avais croisé le chemin. Une mémoire à perpétuer, pour redonner ce que j'avais reçu… »

 « Retrouver le présent pour écrire sans juger celle que je fus, sans anticiper sur celle que je suis devenue… »

 Elle confirme son intention de poursuivre ce chemin solitaire, le regard tourné vers le passé, sans rancune ni regrets, en toute bienveillance : « La gratitude est le sentiment que j'aime le plus…

 

Colette, La Naissance du jour

 Imagine-t-on à me lire que je fais mon portrait ? Patience c'est seulement mon modèle…

 

Luis Bunuel, Mon dernier soupir

 Je ne me suis aidé d'aucune note, d'aucun livre, et le portrait que je propose est de toute façon le mien, avec mes affirmations, mes répétitions, mes lacunes, avec mes vérités et mes mensonges, pour le dire en un mot : ma mémoire.

 

Annie Ernaux, Ecrire la vie, anthologie, 2011

 

Parler de soi pour tendre à l'autre un miroir où il pourra se reconnaître. Puiser à sa vie (enfance, relations au père, à la mère, au milieu social…) pour élaborer, de livre en livre, une autobiographie qui se confonde avec la vie du lecteur.  

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